[Note : pour une meilleure facilité d'appréhension de la trame historique de Brotherhood, celle-ci vous est contée par le récit suivant, celui d'une jeune femme, témoin privilégié des différents bouleversements que le monde a connu.]
"A toi qui lira un jour mes mots...
Je m'appelle Megan, je vais bientôt avoir 37 ans (pff, déjà), et je réside actuellement à Toronto, CA. Note, je n'y ai pas toujours vécu, puisque londonienne de naissance, mais ce détail importe assez peu au final.
Je fais partie de ceux que l'on appelle les Mutants; aussi connus sous les noms bien variés de surhommes, HGM (Humain Génétiquement Modifié), super-héros, ou même "l'engeance du 21ème siècle". Oui, ce dernier est peu flatteur, mais il reflète bien les relents de haine que les nôtres ont subis, à nos débuts. Sans rentrer dans les longs monologues de prof d'histoire, les Mutants sont apparus autour des années 2020, par le biais de diverses causes, notamment la modification génétique de l'embryon, également par des voies plus naturelles. Un mutant est un être à part, dans le sens où il est doté de ce qu'on appelle parfois un don, un pouvoir, une capacité hors-normes. Certains peuvent traverser la matière solide, d'autres peuvent voler... Moi ? Je cours... Très vite !
Notre "peuple", si l'on peut l'appeler ainsi, a été pendant des dizaines d'années la cible de la haine populaire, de l'oppression sous ses formes les plus violentes... Avec le recul que j'ai aujourd'hui, je me dis : c'est normal, on a toujours peur de ce qui est "différent". Et il fallu bien du temps à nos ainés pour faire comprendre au monde que finalement, nous ne sommes pas si différents que ça.
Car oui, il a fallu lutter, de très longues années, pour parvenir à se faire accepter, officiellement j'entends. Certains ont lutté avec des armes, d'autres avec des mots, et après plus de 30 ans d'oppression, cette longue lutte a fini par porter ses fruits. Nous avons finis par être reconnus comme les égaux des humains; après tout, c'est bien ce que nous sommes au fond, du moins je pense. Ainsi des lois ont été créés en ce sens, et presque du jour au lendemain, nous avons pu sortir de nos cachettes, libres. Libres d'être ce que nous sommes par nature, au milieu d'une foule d'anonymes, sans avoir la crainte d'être arrêté ou pire. J'étais jeune à l'époque, c'était dans les années 2055. Ici à Toronto, le parlement a entériné ce type de lois voila tout juste 15 ans, en 2057.
La vie a fini par être très belle, en fin de compte. Nous avons pu accéder au système scolaire classique, chose inimaginable auparavant. Nous avons pu accéder aux droits sociaux les plus simples... Même le droit de vote ! Fiou, ça fait 15 ans déjà... Le temps passe trop vite décidément...
Enfin bref; je raconte tout ça parce que j'ai eu la chance d'être témoin de cette époque de grands changements, aux premières loges pratiquement. Mon grand-frère est celui par qui tout est arrivé, il siégeait aux Nations-Unies en tant que représentant de la Mutanité lorsque les premières lois ont été promulguées. Il a également fondé l'institution connue sous les noms de Faculty puis Horizon, une institution destinée à l'insertion des jeunes Mutants. Autant dire donc que cette lutte, je la connais bien.
Je le disais, le temps a passé et l'eau a coulé sous les ponts. Ça fait 15 ans seulement (ou déjà), que les choses ont changées ici au Canada. Mais pourtant, parce que je suis au contact des jeunes, je remarque que la nouvelle génération, qui est postérieure à cette lutte, prends plusieurs directions différentes, en bien ou en mal. Tiens par exemple, j'ai une anecdote. L'autre jour, dans la rue, j'ai remarqué un tag quelconque; après l'avoir déchiffré, je me suis rendue compte qu'il était fièrement écrit un slogan extrémiste pro-Mutants. Par la suite, j'ai été plus attentive à ces graffitis que d'ordinaire, je ne remarquais qu'à peine, et je me suis aperçue que de tels slogans, il y en avait beaucoup.
Je me suis alors renseignée auprès de quelques jeunes gens de ma connaissance, et c'est ainsi que j'ai appris l'émergence de petites bandes de jeunes, qu'on pourrait qualifier de délinquants, qui se mènent une sorte de lutte entre eux, à coups de tags interposés et parfois de bagarres plus ou moins violentes.
Je m'arrêterai là pour cette anecdote, car je manque certainement d'éléments pour me faire un avis objectif sur la question. Mais j'en arrive à la raison pour laquelle j'ai écrit tout ceci. Je m'interroge, non-pas sur l'avenir que nous ont laissé nos ainés, mais sur ce que feront nos jeunes de cet avenir. Puisqu'après tout, il est entre leurs mains... La sagesse populaire dit que, à 20 ans, on a dix années devant soi pour construire son avenir. Que vont construire ces jeunes Mutants qui constituent cette nouvelle génération ? Et que détruirons-ils de ce que leur ont légué leurs prédécesseurs ?
Cette question, ça va être à eux d'y répondre, par leurs mots bien sûr, mais surtout par leurs actes...
Le 11 Avril 2072,
Megan K. "