Une journée de plus dans la vie d’un mutant…
Debout à l’aube, après un rapide thé direction le boulot. Et là-bas, comme d’habitude, les petits amusements avec les androïdes de création statique.
Le seul avantage que représentait ce travail était le fait que Lucius pouvait y laisser divaguer sa soif de création.
Il peaufinait, au millimètre près sa dernière création, un humanoïde entièrement robotisé.
Ce dernier avait la capacité innée de jouer pas moins de 18 instruments de musiques différents, et ce, simultanément.
Une voix amicale lui fit tourner la tête. L’espèce de porc-épic géant portait le nom de Marc Landers. Près de 2 mètres au garrot, et une musculature à en faire baver toutes les femmes…
Mais bon, il ne regardait rarement de ce côté de la barque, leur préférant (et de loin), la compagnie des Villages Peoples…
— Lucius, je vais manger un morceau, tu viens ?
— Mouaif… J’arrive.
Sans réellement vouloir quitter son nouvel ami cybernétique, le mutant se leva et éteignit sa création. Même si tout ce qui fonctionnait dans l’entreprise tournait grâce à l’énergie cinétique et solaire, il ne fallait pas abuser.
L’ascenseur les emmena au rez-de-chaussée. Les portes passées, vigiles en uniformes aussi droits et aimables qu’une pierre tombale laissés derrière ; ils se retrouvèrent sur le trottoir au pied de l’immense gratte-ciel qui leur servait de cour de récréation.
— On va où ? On se fait un Chinois ou un Grec ?
— Toi tu les aime bien les grecs… Et pourquoi pas un Français pour changer ?
— Tu veux te faire des escargots ? Pouah ! (Il tourna la tête, dégouté.) Bof, c’est comme tu veux.
Le repas rapidement avalé entre deux discussions passablement rhétoriques. Marc s’approcha d’un des serveurs et commença son numéro de charme habituel.
Par sûr que ce coup-ci, ça vienne à fonctionner vu la manière dont ce dernier regardait la blonde qui venait de passer la porte du restaurant.
*Bon aller, un café et on y retourne…*
Fouillant la carte du regard, Lucius se rendit compte que le seul café préparé ici portait le nom de « Petit arôme au lait des Prés ». Haussant les sourcils, il préféra payer afin de pouvoir aller boire un café là où il ne serait pas surprit par un nom aussi ronflant.
Les billets passèrent d’une main à l’autre ; sans réellement faire attention à Marc. Ou alors peut être que Marc lui-même ne faisait plus vraiment attention à lui non plus tellement il paraissait absorbé par le serveur.
A son passage les portes s’ouvrirent, puis se refermèrent sur lui, le laissant seul face à la rue déserte.
Il regarda l’heure, 13h20, encore une bonne heure avant de devoir retourner bosser… L’avantage d’être bien vu par le patron, il vous fiche une paix monumentale.
Sortant son portable de sa poche, il passa ses doigts au dessus de l’écran en 3D, glissant sur les pages à la recherche d’informations sur un café dans les environs. Un nom lui attira l’œil, « Farenheit Coffee ».
*Clin d’œil à la température… Ou au livre ?*
Peut lui importait la réponse, il s’y rendit les mains dans les poches. Le regard perdu dans le vide, les pensées voguant d’un côté à l’autre des rives de son imagination.
Arrivant devant la devanture du dit café, il observa l’intérieur, peu de gens malgré l’heure. Beaucoup de clients avaient déjà dut repartir travailler. Grand bien lui fasse de ne pas se retrouver au milieu d’un foule de braillards nourris aux attachés-cases rutilantes.
S’y installant dans le fond, il commanda un thé Oolong, quoi de meilleur après un repas Français qu’un bon thé d’Extrême-Orient.
Le serveur, un jeune homme particulièrement timide, à la limite de la névrose d’ailleurs, vint lui déposer la tasse au liquide clair et limpide.
Au bout de quelques minutes, une connaissance entra. N’importe qui sauf lui… Cette pipelette de Copeland. Avisant le journal du jour, Lucius tenta de s’y cacher le temps qu’il passe à proximité. Le subterfuge avait fonctionné… Avec lui on savait quand la discussion commençait, mais jamais quand elle se terminerait.
*Tiens, sacrée nouvelles ça… Soirée musicale au Madison Café, bienvenue à tous les groupes désirants se faire connaitre. Intéressant.*
La porte d’entrée s’ouvrit, étrangement ses yeux se levèrent, comme poussées par une force invisible. Une femme magnifique pénétra dans l’enceinte du café, laissant derrière elle comme une trainée de poudre.
Marc n’aurait pas bougé un cil devant elle, mais Lucius ne laissant rien paraître apprécia la finesse de ses courbes et la chute de ses reins à chacun de ses pas.
*Et voilà qu’il s’en mêle… Copeland tu es invivable…*
La jeune femme s’était rapidement faite harponner par l’ancien flic en mal de sensations.
Il ne manquait plus qu’il l’appel, et c’était terminé pour lui…
- Hé Lucius viens voir ici…
*Me voilà dans de beaux draps…*
— Adam… Vous ne laissez jamais tranquille personne.
S’approchant du duo aussi improbable qu’illogique, le mutant porta son regard vers la femme.
D’un sourire bien moins forcé que celui fait précédemment à Adam, il s’adressa à elle.
— J’ai entre-entendu votre discussion, je suis bien Lucius Maleev… Si je peux vous être d’une quelconque aide…
Par contre, ce genre de phrase n’était pas dans ses habitudes. Bien loin de là d’ailleurs. A croire que la présence de cette femme à la beauté angélique lui faisait perdre ses moyens les plus basiques…